8 aout 2018Retour la rencontre  de réflexion du 8 aout dernier à cheval sur la Corrèze et la Haute-Vienne.

Compte rendu de la rencontre de réflexion du 8 août dernier à cheval sur la Corrèze et la Haute-Vienne.

Organisé avec Agrobio19, cette première rencontre en ferme souhaitait faire partager à des producteurs laitiers en réflexion-conversion les parcours de collègues déjà certifiés.Opération réussie malgré la faible participation, les 3 fermes participantes ont pleinement profité de cet après-midi d’échanges de connaissances et d’appréhensions mutuelles.

Après un tour de table, installée dans la stabulation, Joris Mertens nous a présenté les grandes lignes du système du GAEC des Prés Verts et les principaux points chauds du projet de transition vers l’agriculture biologique.La ferme va livrer ses premiers litres certifiés AB en novembre.

Reprenant un système intensif reposant sur une part importante de maïs dans la ration, le pari de Joris est d’arriver aux mêmes niveaux de revenus voir de les dépasser dans un délai de 5 ans avec une ration herbe totale.

La force du système conventionnel de départ repose sur une très bonne gestion de l’herbe enclenchée depuis plusieurs années par son père, Léo Mertens. Au travers du réseau CIVAM local. La ferme se classe ainsi première du groupe Optilait en terme de coût alimentaire avec 82€/1000l. Avec 10 mois de pâturage annuels assurés et donc le maintien du revenu, Joris peut commencer à mettre en place dès l’hiver 2017-18 la ration hivernale qui va passer en douceur de 2/3d’ensilage de maïs et 1/3 d’ensilage d’herbe à 1/3 de maïs et 2/3 d’herbe.Les surfaces semées en maïs sont donc passées de 8 à 2 ha permettant ainsi la mise en place de prairies longues durées à base de RGA, dactyles et plusieurs légumineuses.Le projet final prévoyant une ration uniquement à base d’herbe, les surfaces vont donc continuer d’évoluer en conséquence les prochaines années.

La discussion autour de la mise en place et de l’exploitation des prairies a été un moment fort de la rencontre. Plusieurs impératifs comme l’alternance fauche-pâture (ou cela est possible).le pâturage mixte (parfait pour le contrôle parasitaire) et la hauteur de coupe (7cm pour une bonne reprise et une meilleure dissociation des fourrages) ont été rappelés et commentés avec vigueur.La réussite du système reposant sur la disponibilité en surface facilement pâturable un échange a conclu qu’un minimum de 3000m²/VL était une bonne base de départ. Ces chiffres de valeur provenant des producteurs seront transmis au groupe de travail de la FNAB travaillant sur le « recadrage » des normes pâturage qui sont quasiment inexistantes aujourd’hui.

Le groupe présent s’est entendu pour dire qu’une fine connaissance de la gestion du pâturage était essentielle pour pérenniser le système une fois certifié bio. En effet au vu du coût des intrants, il serait plus qu’aléatoire de bâtir un système lait calqué sur la recette intensive et cela même si le prix payé actuellement semblerait pouvoir le permettre. La logique financière à court terme n’est pas souvent la bonne quand on parle d’agriculture durable.

Avec le glissement vers le tout herbe été comme hiver, le système va s’alléger et passer de 50 à 35 vaches  .La production par VL (incluant le lait des génisses et autoconsommation soit 200L/VL°) passerait de 7500L de lait à 6500l (résultats Optilait 2017) quantité permise par la production autonome.

Cette baisse de production acceptée par le producteur est la pierre angulaire d’une démarche gagnante mais elle est aussi l’aboutissement d’une longue réflexion parfois douloureuse pour certains éleveurs. Souvent, et la preuve nous en a encore été donnée lors de cette rencontre,la génération qui reprend le système semble moins sensible aux arguments productivistes réclamant, sous peine de faillite, l’expression coûte que coûte du potentiel génétique de la vache. Du fait la décision de revoir en profondeur la manière de nourrir le troupeau est un passage obligé dans un système intensif et dépendant d’intrants.Il est intéressant de voir alors , que suivent en cascade des réflexion sur les choix de taureaux et de races nouvelles, la stratégie santé et prophylactique et bien sur les assolements.

Le choix de Joris de transformer une partie de la production est aussi une conséquence logique car le besoin de maintenir un niveau de revenu ne se réalise pas seulement par la baisse des charges vétérinaire, alimentaires ou autres intrants. Après une solide formation en exploitation et une étude technico-économique la décision de mettre en place un atelier de transfo est prise dès 2016 .Des fondations visibles lors de la rencontre surgira bientôt le nouvel atelier qui entrera en activité en fin d’hiver 2019 .Joris n’a cependant pas attendus cet outil pour commencer à transformer du lait et depuis presque 2 années dans un local provisoire (mais néanmoins aux normes) du fromage est produit au GAEC des Prés Verts

Avec maintenant 13 producteurs-transformateurs en Corrèze (merci Aurélien) il va falloir au plus vite commencer à penser la commercialisation de tous ces produits haut de gammes hors du département .Quels sont les bassins de distributions potentiels et comment y arriver pour ne pas créer un engorgement local doivent êtres les questions à aborder rapidement .

Cette rencontre à été une excellente occasion pour une jeune productrice Bevin Commandeur du GAEC de Vialette de Nexon de poser des questions pertinentes aux Mertens père et fils mais aussi à Gilles Meyrignac certifié depuis presque une année du côté de Marcillac la Croisille.

Le volet de la gestion de l’herbe et du rôle du maïs a été un moment phare de la rencontre confirmant une fois de plus que les grandes appréhensions au passage en AB reposent sur la conduite de l’alimentation du troupeau

Un tour de parcelles de pâturages et de maïs transporta le débat sur le terrain et conclut cet après-midi riche d’enseignements.

Je tiens à remercier Aurélien Legay conseiller de la CDA19 pour sa participation à cette première rencontre prometteuse.